Entretien avec Jessi Américain, tête de liste de « Saint-Laurent, un souffle nouveau » nous en dit plus sur cet engagement pour les municipales 2020 de Saint-Laurent du Maroni.

Vous vous lancez en campagne pour les municipales de 2020 à Saint-Laurent du Maroni. C’est votre première campagne politique, quand et comment vous êtes-vous décidé-s à vous lancer ? En résumé, parlez-nous de « Saint-Laurent, un souffle nouveau », sa création, ses ambitions...

Notre ville sera bientôt, avec 135 000 habitants à horizon 2030, la première ville de Guyane par sa population, et peut-être la première ville des Outremers devant Saint-Denis de la Réunion. 70% de la population a moins de 30 ans, un taux de chômage qui avoisine les 30%, plus de 50% chez les jeunes. La diversité des identités est exceptionnelle, avec un rapport au monde parfois très différent. Notre projet a vu le jour tout simplement parce que Saint-Laurent du Maroni a besoin d’un bol d’air frais. Il est urgent de proposer à notre ville un nouveau contrat social et politique qui prenne en compte véritablement toutes ses réalités et tous ses défis. Chaque habitant de Saint-Laurent du Maroni doit pouvoir vivre et s’épanouir chez lui. C’est ce que nous voulons. À nous de pétrir, de modeler notre ville comme nous l’entendons, comme nous la rêvons.

Nous avons visionné votre vidéo de présentation. Vous avez une équipe jeune, qui sont-ils ?

Nous sommes des jeunes adultes et aussi des moins jeunes, compétents dans nos différents domaines. Nous aimons notre ville et nous avons envie de nous engager pleinement pour l’intérêt de toute la population de Saint-Laurent du Maroni et pas pour nos intérêts personnels. Nous avons une équipe qui est à l’image de notre ville, qui connaît ses réalités, mais surtout un collectif qui sera capable de relever les défis d’aujourd’hui et de demain avec créativité et authenticité.

En politique, comme dans beaucoup de domaine, la question de l’héritage est importante. Quelles sont vos références et inspirations dans le monde politique ? Quelle orientation pour ce « Souffle nouveau » ?

Comme l’a dit Steevie KAZAL dans notre vidéo de déclaration de candidature, une de nos talentueuses responsables de la communication, ce qui nous inspire et qui oriente ce Souffle NOUVEAU c’est l’amour de notre terre et l’amour de notre population. Le paradigme gauche-droite n’est pas le plus pertinent pour analyser notre situation. Nous sommes ouverts au monde, mais fondamentalement ancrés à notre réalité, à notre terre. Ce qui est important pour nous est de proposer un projet qui prenne en compte chaque réalité de Saint-Laurent du Maroni et qui puisse permettre à chacun de mieux vivre.

Pouvez-vous nous dire si vous avez reçu du soutien ou des conseils de membres de la classe politique locale ? Si oui, lesquels ?

Nous ne sommes affiliés à aucun parti politique et à aucune personnalité politique, au niveau local ou au niveau national. C’est un choix politique fort que nous avons fait et que nous assumons.

Vue aérienne de Saint-Laurent du Maroni - Crédit : FIFAC

Saint-Laurent est la deuxième ville de Guyane par sa population avec une démographie importante. Dans les grandes lignes, quels sont les enjeux majeurs et les défis à venir ?

Nous allons présenter notre programme à la population durant la deuxième quinzaine du mois de janvier. Notre objectif est d’aborder tous les sujets importants pour la population dans ce projet. Les enjeux sont nombreux, autour de la santé, le logement, le développement économique, l’accompagnement de notre jeunesse, les questions liées à l’éducation et à l’instruction de nos enfants qui est un des passeports de l’avenir. On ne va pas tous les citer tant ils sont nombreux et tous importants.

Après Mars 2017, le suivi des Accords de Guyane, les débats sur l’évolution statutaire, Montagne d’Or… La population guyanaise semble plus « politisée » depuis ces 2 dernières années ou du moins les questions politiques sont davantage présentes dans les espaces publics et populaires. Comment l’appréhendez-vous ?

Oui en effet, aujourd’hui, avec le développement des réseaux sociaux, il est plus facile pour chaque citoyen de se prononcer, rapidement, parfois avec beaucoup d’efficacité, sur n’importe quel type de sujet. Et globalement je trouve que c’est une très bonne chose. Les responsables politiques sont les représentants du peuple et la commune doit être le lieu par excellence où l’on pratique la démocratie participative, où les citoyens doivent être associés aux décisions qui les concernent, avec la possibilité d’interpeler à tout moment leurs élus. Donc oui, il est important que la population ait une culture politique. C’est la raison pour laquelle nous envisageons de mettre en place un programme démopédique, c’est-à-dire sensibiliser la population sur les sujets politiques et rendre la politique accessible à toute la population.

En Guyane, et particulièrement à SLM, nous avons une population très diverse, avec des communautés bien établies. Vous êtes-vous même d’origine bushinengue, et auteur d’un livre «Nègre Marron, itinéraire d’un enfant du ghetto » qui retrace un peu votre parcours. Comment s’articule dans l’espace urbain les différents héritages de la communauté à laquelle vous appartenez?

La plus grande richesse de notre ville, et de la Guyane de manière générale, c’est la diversité de ses identités et de ses cultures. Chaque groupe socio-culturel vit ses héritages quotidiennement, et parfois va même les partager avec d’autres groupes socio-culturels, à travers la gastronomie, la musique ou encore les langues. Nous avons encore des espaces traditionnels qui vivent au cœur même de Saint-Laurent du Maroni, que ce soit les communautés amérindiennes ou bushinengue. Maintenant il nous appartient collectivement, en intégrant pleinement les communautés concernées dans toutes les décisions, de savoir quel avenir nous souhaitons pour ces espaces coutumiers. Le nouveau contrat social et politique que nous proposons prend en compte toutes ces spécificités. Nous serons à l’écoute et nous allons construire en fonction de ce que demandent les citoyens concernés par chaque sujet. Nous n’allons pas opposer l’espace coutumier et l’espace urbain, parce ce que c’est ce que nous sommes. Nous sommes tout ceci en même temps.

Un mot pour la fin ?

Pour terminer, je vais reprendre les mots de Roberto DOEKA, un des responsables de notre campagne : l’avenir, c’est le résultat d’une succession de choix. Il peut être meilleur ou pire, selon le choix du peuple. Nous avons aujourd’hui l’opportunité d’écrire ensemble une belle page de notre histoire. À nous de la saisir, parce que notre terre le mérite, parce que nos mères le méritent, parce que notre jeunesse mérite beaucoup mieux.

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