Le 15 août dernier, au village Wilamila – Espérance (situé dans l’ouest guyanais vers Saint-Laurent du Maroni), s’est tenue une rencontre de femmes autochtones. Suite à la réunion, il y a eu création de l’Organisation des Femmes Autochtones de Guyane.

Christine Alima, présidente de la nouvelle organisation, nous a accordé un entretien.

Bonjour Christine, tout d’abord merci à toi d’avoir accepté de répondre à nos questions. Peux-tu te présenter et nous dire ce qui t’a amené à t’engager ( dans la défense des droits des Peuples Autochtones ndlr)?

Bonjour, je suis Christine Alima, j’ai 32 ans. […] Mon parcours très rapidement : j’ai fait des études d’histoires, ensuite j’ai été enseignante en Guadeloupe. Puis j’ai effectué un petit séjour à Tahiti.

Cela faisait un petit moment que je ressentais le besoin de revenir chez moi, car cela faisait très longtemps que j’étais partie de la Guyane.

Du coup, je suis revenue il y a environ un an et demi pour revenir voir la famille, être chez moi et puis m’investir au quotidien dans [la défense des droits ndlr] de nos communautés à tous les deux j’ai envie de dire, car on est tous les deux amérindiens, et faire avancer les situations que rencontrent les communautés amérindiennes de Guyane.

Du coup comment s’est traduite cette volonté de s’investir et de s’engager?

Quand je suis revenu, effectivement, j’avais cette volonté de m’engager et de faire quelque chose pour mon peuple mais je n’avais pas forcément d’idées précises.

À la base, moi je suis dans le domaine de l’éducation, et je pensais créer une association dans le but d’aider les élèves et les jeunes amérindiens dans le milieu scolaire.

J’avais déjà assisté à quelques manifestations et réunions de diverses organisations et d’associations amérindiennes, et un jour ma sœur me prévient de la tenue d’une rencontre de femmes autochtones dans mon village [Espérance – Wilamila ndlr]. Je me suis dit que ça pouvait être intéressant, car je ne connaissais pas encore beaucoup de personnes dans le milieu associatif ou militant, et cela me permettrait d’avoir un regard plus large sur la réalité des femmes car c’était le sujet de la rencontre.

Ce qui était intéressant également, c’est la présence de plusieurs communautés. C’était un moyen de rencontrer d’autres femmes, d’autres communautés et voir ce qui pouvait être fait. Pas forcément de m’y engager, mais au moins de comprendre ce qui allait se faire et pourquoi il y avait cette rencontre.

Comment s’est déroulé cette rencontre de femmes du 15 août 2020?

J’étais là au final de manière imprévue et on m’a demandé de prendre des notes pour en faire un compte-rendu, j’étais donc secrétaire de cette rencontre. À ce moment là, je ne savais pas du tout qu’il y aurait la création d’une association ou organisation. Mais je trouvais que c’était bien, par rapport à tout ce que j’ai entendu pendant cette réunion. Je trouvais que ça « manquait ». Il y a beaucoup d’organisations, mais pas d’organisation de femmes qui pouvait vraiment représenter toutes les femmes autochtones de Guyane. Et dans cet esprit là je trouvais ça bien.

Puis est venue le moment de la mise en place du bureau de cette nouvelle organisation et d’élire une présidente.

Je pense qu’à terme, elle [cette organisation] aura un rôle important que ce soit dans le monde autochtone ou tout simplement dans la société guyanaise, et j’espère au niveau international un jour. Et celles que j’estimais les plus légitimes et qui pourraient mener à bien le rôle [de présidente ndrl] dans cette organisation, ne s’étaient pas présentées à ce moment-là.

Je me suis donc proposée, même si je n’étais pas forcément à l’aise au début, c’était important de débuter quelque chose, ne serait ce que pour impulser quelque chose.

Du coup, il y a eu la création de l’Organisation des Femmes Autochtones de Guyane (OFAG), quels ont été les objectifs posés ce jour là par cette nouvelle organisation ?

C’était en pleine période Covid, on était encore en semi confinement, on a pas eu de femmes de l’intérieur [du territoire]. Et à un moment s’est posée la question de représentativité. Pour moi c’est plus une question «d’aller vers». Nous sommes en Guyane, c’est un contexte géographique particulier, et on ne peut pas, surtout en ce moment, nous dire qu’on va tous se rencontrer et que tout le monde sera là. Non ce n’est pas vrai. Il y a des personnes qui viennent de très loin et qui ne peuvent pas venir très facilement. C’est très compliqué d’avoir tout le monde.

Le premier objectif est d’aller à la rencontre des femmes de l’intérieur [du pays] et leur présenter l’OFAG et faire en sorte qu’elles soient vraiment représentées, pas juste qu’elles aient un rôle où on va mener des projets pour elles mais qu’elles soient vraiment intégrées dans le bureau, le conseil administratif…

Les déplacements sont très compliqués en ce moment et il faut trouver un moment où une délégation composée de toutes les communautés ira à leurs rencontres ensemble. Ce qui est très important c’est que les femmes soient représentées et intégrées dans l’organisation, qu’il y ait une représentante Teko, Wayana etc. Car c’est l’organisation des femmes autochtones de Guyane donc c’est global.

Ensuite, il n’y a pas encore de projet établi pour le moment, car avant d’aller un peu plus loin, il faut que tout le monde soit présent. L’objectif est de mener des projets concrets et qui correspondent aux réalités des femmes sur le terrain, et non juste de « débloquer des fonds » ou « mener un projet pour mener un projet ».

Il y a déjà eu des femmes activistes qui luttent et qui ont eu un retentissement local et international. Peux-tu nous expliquer en quoi il y avait une nécessité de créer une organisation spécifiquement dédiée aux femmes? Peux-tu nous expliquer quelles sont les différences entre une organisation de femmes autochtones et une organisation autochtone ?

Je pense que, tout comme dans les sociétés dans lesquelles on vit, le regard de la Femme n’est forcément pris en compte. Et c’est d’autant plus marqué dans les sociétés autochtones. Les femmes autochtones cumulent quelque part des injustices, et elles sont confrontées à des problèmes qui sont « autres » et des fois plus marqués et peut être même plus grave que dans les autres sociétés car c’est encore plus invisibilisé.

Donc c’était primordial de créer cette organisation, qui prendrait la Femme dans sa globalité, pas que la personne, mais la maman, celle qui nourrit sa famille…

J’espère que ça sera une organisation qui pourra porter la voix de toutes les femmes et qu’elles ne sentent pas seules dans une société qui ne privilégie pas l’intégration des femmes.

Tout en sachant que ce n’est pas une organisation féministe, c’est une organisation de femmes. Ça n’a rien à voir avec du féminisme, mais avec le respect des Droits fondamentaux des femmes qui ne le sont pas actuellement.

Dans d’autres pays, il existe déjà des organisations de femmes autochtones, avez-vous [en tant qu’organisation] déjà prévu d’échanger avec elles ?

Au niveau du bassin amazonien, il y a la COICA avec qui on est entré en contact. Cependant c’est un peu compliqué, il y a quelques soucis entre la FOAG et la COICA [la FOAG qui est l’organisation qui représentait la Guyane au sein de la COICA], ce qui fait que pour nous aussi c’est compliqué de s’intégrer au niveau international.

Cependant, je pars du principe qu’il faut d’abord trouver des solutions sur des problèmes qui touchent directement nos communautés avant d’aller à [l’international].

Ce qui ne nous empêche pas par la suite de s’ouvrir à l’international et d’avoir un regard ce qui se passe ailleurs. J’ai d’ailleurs participé récemment à un Forum International des Peuples Indigènes en visioconférence, c’était intéressant de confronter les différentes réalités et voir ce qui se passe ailleurs pour voir ce qu’on peut appliquer chez nous.

Avant de terminer, un mot pour les femmes autochtones ?

Tout simplement leur dire qu’elles ont des savoir-faire, elles ont des compétences et [cela] fait qu’elles ont une importance dans la société dans laquelle on est. Sans forcément renier la culture, on peut « devenir quelqu’un ». Et j’espère qu’on fera en sorte que les femmes autochtones ne se sentent plus toutes seules, qu’elles se disent qu’elles peuvent parler, qu’elles peuvent faire, qu’elles peuvent devenir.

Sans qu’elles se disent « comment je vais faire ». On est là pour ça aujourd’hui. Il y a beaucoup solutions, et l’OFAG veut devenir aujourd’hui une solution pour les femmes.

Et de manière générale, le mot de la fin?

De manière générale, ce qui serait bien c’est que les communautés autochtones de Guyane soient enfin réunies.

C’est pas évident en ce moment, on a l’impression qu’il y a une confrontation perpétuelle entre organisations, associations… On est là pour la même chose. On est là pour défendre nos droits, nos cultures, nos us, nos coutumes, nos langues… Alors concentrons-nous sur ce qu’on a, sur ce qu’on peut faire avec ce qu’on a, tout ce qu’on peut avoir de positif.

On vit dans un monde où tout change très vite, et nous avons des richesses, nous Peuples Autochtones, des richesses que d’autres n’ont pas, que d’autres n’ont plus.

Alors concentrons-nous sur ce qu’on a de bien, et montrons au monde entier qu’on est pas des peuples minoritaires, mais que nous avons des savoir-faire, des compétences, des connaissances et que nous ne sommes pas là pour faire de la figuration.

Donc ce serait bien qu’on se rassemble, vraiment!

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