Le Grand Conseil Coutumier s’exprime sur la crise amazonienne

L'Amazonie est bien plus qu'une forêt, c'est notre "chez-nous"

Le Grand Conseil Coutumier de Guyane réaffirme sa représentativité dans la sphère amazonienne, en lui apportant tout son soutien. Il précise, par la même occasion, qu’il n’a pas cosigné la tribune d’Annick Girardin et des élus guyanais, sur la demande de création d’un fonds international contre les feux de forêt et pour le reboisement. En effet, le texte n’inclut pas « d’engagements au niveau de la reconnaissance des droits des peuples autochtones et leur rôle dans la préservation de la biodiversité ».

Crédit photo Guyaweb
Elus du Grand Conseil Coutumier - Crédit photo Guyaweb - Katia Lei-Sam

Dans une tribune publiée sur France Info, le Grand Conseil Coutumier exprime toute sa solidarité avec l’Amazonie et ses peuples, tout en analysant le contexte qui a engendré ce drame et les solutions proposées.

Amazonie, entre enjeux économiques et enjeux écologiques

La plus grande forêt du monde, dans sa biodiversité, est devenue ces dernières décennies un symbole, un enjeu majeur dans la politique internationale. « Soutenu[e] par la majorité des dirigeants au niveau mondial », la question de l’exploitation industrielle de l’Amazonie, est dénoncée ici comme destructrice. En effet, outre les flammes qui ravagent des milliers d’hectares, l’Extractivisme est tout aussi dangereux. Rappelons qu’il y a eu ces cinq dernières années au Brésil, plusieurs ruptures de digue de grandes exploitations minières causant la mort de centaines de personnes et laissant des milliers de démunis. Les cours d’eau et les terres impactés seront pollués pendant des siècles.

On peut bien sûr établir une corrélation entre l’augmentation des départs d’incendies depuis l’investiture du Président brésilien actuel, et sa politique environnementale. Cependant, l’orientation politique extractiviste d’un gouvernement est davantage documentée. Les gouvernements successifs des états extractivistes ne peuvent donc nier leurs responsabilités dans cet écocide et ces drames humains.

C’est ce que dénonce le GCC avec l’attribution, par le Président Emmanuel Macron et son gouvernement « de 360 000 hectares de forêt aux entreprises minières en Guyane, en Amazonie française ».

Le Fonds International pour l’Amazonie

L’élan de la société civile, consciente de la crise écologique que nous vivons, pousse les politiques à proposer des solutions face à cette catastrophe.
La réclamation d’Annick Girardin et d’élus guyanais, implique fondamentalement une mise à l’écart des Peuples Autochtones. Le jeu de nuance est facilement décelable, l’utilisation de termes tels que « habitants autochtones » au lieu de « Peuples Autochtones » le montre. La mention de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948, est un « joli » rappel mais elle ne peut être l’unique référence dans ce contexte. En effet, la France a pourtant signé la Déclaration des Nations Unis sur les Droits des Peuples Autochtones, qui précisons-le a été rédigée par les premiers concernés, et surtout intègre des modalités de gestion territoriaux propres. Cela aurait sans doute été plus approprié mais ce choix peut présager le type de process de la gestion de ce Fonds International.
Le GCC ayant la « responsabilité de représenter et défendre les intérêts des peuples Amérindiens et Bushinengé de Guyane », a donc refusé de cosigner ce texte sans « engagements au niveau de la reconnaissance des droits des peuples autochtones et leurs rôles dans la préservation de la biodiversité ».

« Le renforcement du Grand Conseil Coutumier en instance décisionnaire »

Crédit photo - Dylan Kayamaré
Séminaire sur le foncier - Crédit photo : Dylan Kayamaré

Le Grand Conseil Coutumier invite la population à prendre conscience de l’importance de la forêt. Une importance bien évidemment en tant que ressource vitale, mais également en tant que témoin de l’Histoire des peuples Amazoniens.

«L’Amazonie est le territoire ancestral des peuples Amérindiens. L’Amazonie a servi de refuge au moment de la rébellion face au système esclavagiste. La forêt est bien plus qu’un ensemble d’arbres et d’animaux. Nous y avons, nous peuples Amérindiens et Bushinengé, un attachement particulier au niveau culturel, spirituel, économique, etc. ».

Afin de porter au mieux les intérêts des populations qu’il représente, le GCC réclame une pleine participation aux enjeux guyanais et amazoniens, et surtout une évolution de l’organisme vers une instance décisionnaire.

L’administration et la gestion contemporaines des ressources de l’Amazonie peuvent-elles encore se passer des connaissances du milieu, inestimables et inégalées, des peuples y évoluant depuis des millénaires?
La reconnaissance de l’expertise des peuples autochtones constituerait, selon le GCC, un véritable levier dans la lutte contre le dérèglement climatique.

1 réflexion sur “Le Grand Conseil Coutumier s’exprime sur la crise amazonienne”

  1. Francois Catzeflis

    bravo aux initiateurs de RADIOKA – c’est super chaque fois que les peuples autochtones (d’ici ou d’ailleurs) peuvent s’exprimer avec leurs propres medias, car ainsi nous-les-blancs pouvons mieux vous connaître et mieux vous respecter

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