Le média guyanais Mo News, relève sur ses réseaux les propos tenus par Rodolphe Alexandre, le Président de la Collectivité Territoriale de Guyane (CTG), lors du congrès des maires de Guyane tenu le 11 mai dernier.
« On ne peut pas avoir des garimpeiros qui violent en permanence nos amérindiennes et pillent et détruisent nos terres ».
Ces propos ont suscité l’indignation.

Une posture de dominant, paternaliste et sexiste.

En Guyane, parler des amérindiens, c’est parler d’un ensemble de Peuples Autochtones bien distincts les uns des autres. Cependant, nous pouvons entendre dans des discours et des prises de parole officiels, parler de « nos compatriotes amérindiens », c’est à dire d’une communauté de Guyane ( une partie définie selon des critères ethniques, religieuse ou autre d’une population ) au même titre que les autres composantes ou communautés de Guyane. Cela reste acceptable.

Or ici, Rodolphe Alexandre, Président de la CTG, rappelons-le, utilise une forme possessive directe « nos amérindiennes ». C’est à dire qu’il établit un rapport de propriété entre lui ainsi que la CTG et les désignées « amérindiennes ».

De plus, on peut voir à travers le reste de la phrase : « ils [les garimpeiros] pillent et détruisent nos terres » qu’il s’agit bien d’un acte de possession qui est établi.

Par ailleurs, ce n’est pas la première fois que Rodolphe Alexandre adopte cette posture et tient ce genre de propos.

En effet, en mars 2018, ils qualifiaient les amérindiens de « manipulés par les écolos », stigmatisant ainsi toute une population et présentant un « profond mépris pour le libre arbitre amérindien », comme il l’a été dénoncé dans un communiqué des organisations autochtones datant du 26 mars 2018.

Enfin, dans une analyse systémique cette fois-ci, nous pouvons parler de ce processus de fétichisation de la femme et ici de la femme autochtone ou amérindienne. Dans ce contexte de fétichisation de la femme autochtone, il s’agit bien d’un processus hérité de la colonisation et qui vraisemblablement est toujours d’actualité en 2021.


Aucune femme « amérindienne » n’appartient à la CTG, ni à aucune instance.

«Nous appartenons à nos peuples, à nos familles ! Celle que nous choisissons d’être! Ce pourquoi nous nous battons chaque jour! Notre identité liée à la terre »

Dans une prise de position sur les réseaux sociaux, Claudette Labonté « exige » le respect des femmes « amérindiennes » de la part du Président de la CTG.

Une position partagée notamment par le Chef Coutumier du village Kuwano, le militant Christophe Yanuwana Pierre, ainsi que beaucoup d’autres qui se sont exprimés essentiellement sur leurs réseaux sociaux respectifs.

De plus, dans sa prise de parole, la Présidente de la Fédération Parikweneh et membre du Comité Autochtone, souligne qu’elle faisait parti d’une délégation de femmes autochtones qui revenaient justement du Haut-Maroni.

En effet, du 23 au 27 avril dernier, une délégation composé de femmes autochtones du littoral se rendaient sur le Haut-Maroni pour aller à la rencontre de leur homologue.

Elles ont pu notamment échangé sur les difficultés qu’elles rencontraient.

Le fléau de l’orpaillage illégal est malheureusement toujours d’actualité engendrant des crises environnementales, sociales et sanitaires.

Claudette Labonté tient néanmoins à mettre en lumière des problématiques encore peu médiatisées.

« Quand on parle de la Femme, on parle de ses enfants, de la famille »

L’accès à l’eau potable, qui est un droit fondamental, n’est pas assuré dans les villages Wayana du Haut-Maroni. Un autre droit qui est fondamental, celui de l’accès aux soins est également défaillant.

Or certaines responsabilités relèvent de la CTG. « Le pôle de prévention maternelle et infantile » offre « des soins gratuits pour les femmes qui n’ont pas les moyens financiers ». Or, les déplacements sur le fleuve sont très coûteux et une « annexe de PMI à Taluen » est primordiale.

Une autre responsabilité de la CTG qui n’est pas assurée, le bon suivi des jeunes autochtones de l’intérieur du pays, placés en famille d’accueil. Il y a un manque de contrôle régulier des conditions d’accueil de ces jeunes.

Ils sont obligés de quitter leurs familles pour poursuivre leur scolarité et certains se retrouvent en difficulté dans des familles d’accueil, parfois marginalisés, et où il arrive qu’on leur interdisent de parler leur langue.

Rappelons de plus, que le Président de la CTG, Rodolphe Alexandre était favorable à l’extractivisme à échelle industrielle, en soutenant notamment le projet de mégamine « Montagne d’Or ». Et ici, il prétend dénoncer ceux qui « pillent et détruisent » les terres guyanaises.

On peut donc comprendre que les propos de Rodolphe Alexandre, suscitent une fois de plus l’indignation.

La publication a un commentaire

  1. Frédéric Farine

    Ce qui est un peu étonnant voire partial dans votre texte, c’est que nulle référence n’est faite à la partie de la phrase prêtée au président de la CTG candidat à sa propre succession affirmant que « les garimpeiros violent en permanence (nos Amérindiennes) ». Une allégation présumée de crimes qui ne s’appuie sur rien de tangible selon un magistrat consulté par mes soins et qui stigmatiserait donc une partie de la comunauté brésilienne si de tels propos ont effectivement été tenus. Une affaire qui provoque un silence assourdissant de toute la classe politique guyanaise et de la plupart des médias locaux en rangs d’oignons. Frédéric Farine, journaliste https://www.guyaweb.com/actualites/news/politique/on-ne-peut-pas-avoir-des-garimpeiros-qui-violent-en-permanence-nos-amerindiennes/#comment-118247

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