Radioka vous invite dans cette série à retrouver les témoignages de membre de la communauté autochtone de Guyane vivant en France, qui nous racontent leur quotidien durant ce confinement.

Pour cette première, nous nous sommes entretenu avec trois jeunes femmes : Talina*, Audrey*, et Suzie. Les premières vivent en région parisienne, Talina est policière et Audrey est étudiante en prépa ingénieur et travaille parallèlement à temps partiel dans une chocolaterie. Suzie quant à elle, est consultante qualité dans un cabinet de conseil à Toulouse.

Un quotidien bouleversé mais on s'adapte

Nos témoins, comme partout en France, sont confinées suite aux mesures du gouvernement depuis le 16 mars dernier.

"cela a changé notre vie quotidienne, une réorganisation du planning familial a dû être revue"
Talina

Suzie : « À l’heure où je vous écris, c’est mon 4ème jour de confinement. Pour l’instant je le vis comme un week-end prolongé où j’aurais décidé de me pencher sur mes occupations personnelles.

Les principales activités que j’ai ciblées sont concernent mon bien-être.
C’est-à-dire faire des soins, du sport, avoir une alimentation saine et découvrir de nouvelles saveurs, C’est également une occasion de pratiquer de nouvelles méthodes de relaxation telle que la sophrologie…

Ensuite je me pencherai sur le développement de mes activités créatifs et de mon compte Instagram : peinture, dessin, perles et autres activités manuelles…
Pour finir, je souhaiterais en profiter pour monter en compétence dans plusieurs domaines professionnels, notamment en anglais. Netflix sera un bon allié.« 

Audrey : « Je souhaiterais être ingénieur en génie urbain [et] je suis confinée chez moi, j’occupe mon temps à étudier.

Nous avons un outil numérique (ENT – Environnement Numérique de Travail) via l’école qui nous permet de suivre partiellement les cours. Heureusement que nous avons passé les examens de mi-semestre ce n’est pas le cas pour toutes les écoles .

[Par ailleurs] la plupart des centres commerciaux ont dû fermer du coup je ne travaille plus.« 

Talina : « Depuis les mesures prises par le gouvernement, je suis confinée chez moi avec mon fils de 13 ans, n’étant plus à l’école depuis une semaine, cela a changé notre vie quotidienne, une réorganisation du planning familial a dû être revue du fait qu’il ait fallu que je l’assiste quotidiennement dans ses devoirs via le CNED (Centre National d’Enseignement à Distance).

Pour le moment n’étant pas sur le terrain je ne peux vous en dire plus, sauf que certains de mes collègues n’ont pas d’équipements nécessaires (masques ) afin de mener à bien leurs missions.

Sachant que nous sommes amenés quotidiennement à être en contact avec la population, et faire respecter les règles.

Certains policiers ont menacé d’exercer leur droit de retrait étant donné l’absence de réponse sur la question inquiétante du manque de protection sanitaire pour les forces de l’ordre. Un véritable risque pour le respect du confinement et pour le pays tout entier. Au niveau du matériel adéquat, j’ai dû acheté du gel hydroalcoolique avec mes propres moyens.« 

Le regard sur la situation en Guyane

"Le système de santé est déplorable , la Guyane est négligé du système de santé par l’État"
Audrey

Nos témoins s’informent via les réseaux sociaux, et malgré l’effort des médias locaux, elles avouent qu’il y a un réel manque d’informations. En effet, les situations ne sont pas exactement les mêmes dans l’Ile de Cayenne, dans l’Ouest Guyanais, ou dans les vallées de l’Oyapock et du Maroni.

Audrey : « je pense que la situation en Guyane est préoccupante du fait que le système de santé est déplorable , la Guyane est négligé du système de santé par l’État.« 

Suzie : « Comme partout ailleurs en métropole, la situation n’a pas été assez prise au sérieux dès le départ. Que ce soit par les autorités, les journalistes et autres. Cela n’a donc pas assez alerté la population.

En ce qui concerne la Guyane, peut-être que la propagation du virus au sein du territoire aurait pu être évitée? A partir du moment où un cas a été annoncé en métropole, un plan sanitaire ou un contrôle auraient dû être mis en place pour les personnes venant des pays atteints. D’autant plus que nous n’avons qu’un aéroport international. Cela aurait pu être possible en mobilisant les moyens humains et matériels. Certes, la voie aérienne n’est pas le seul moyen pour accéder au département mais puisque que c’est par là que c’est arrivé…
En temps réel, il y a un manque considérable d’infrastructures et de personnels de santé.

Alors qu’en sera-t-il en cas de crise?

Ok pour la mise en place d’un confinement, mais qu’en est-il des villages isolés?

Comment ce type de question est pris en compte par nos élus? […] »

Le mot pour la fin

"Se sentir impuissant face à ce type de situation ne veut pas dire que l’on ne peut pas agir à notre niveau."
Suzie

Audrey : « Pour la Guyane, les lecteurs. Respectez les consignes. Restez chez vous et sortez qu’en cas de réel besoins. Les gens râlent, ont peur, se plaignent, paniquent, sont stressés, énervés etc mais beaucoup d’entre eux ne sont pas capables de respecter une consigne pourtant très claire « Restez chez vous ! »[…]

C’est pour protéger tout le monde et éviter que le virus ne se propage encore plus chaque jour[…] Pourquoi vouloir se rebeller alors que c’est une question de santé publique, que ça touche tout le monde et que de rester enfermé permettra de stopper cette épidémie petit à petit.« 

Talina : « Un mot pour la Guyane : restez chez vous, respectez les distances, « en restant chez moi, je protège les autres ainsi que ma famille ». Lavez vous les mains et que Dieu vous bénisse-.

Suzie : « Se sentir impuissant face à ce type de situation ne veut pas dire que l’on ne peut pas agir à notre niveau.

J’encourage vivement lespersonnes à prendre conscience de la gravité de cette situation, de respecter les règles de sécurité, dans la mesure du possible…« 

(*) Les prénoms ont été modifiés.

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